Espaces Africains

La consécration féminine en milieu traditionnel au Gabon : Le cas de Dugueni chez les Bapunu

AUTEUR : Hermine GNAMA, Amélie MOGOA BOUSSENGUI

Résumé

Cet article examine le pouvoir de Dugueni chez les Bapunu, transmis aux jeunes filles par le biais de la consécration, afin de séduire les hommes riches pour le bien-être familial. La consécration des corps des femmes est une pratique instaurée par les sociétés lignagères, permettant de procurer des biens matériels, y compris de l’argent à la famille au moyen de leurs sexes. Le Dugueni peut se transmettre par un geste banal, comme un met préparé pour la circonstance qu’on fait manger à la jeune fille ; le port d’un sous-vêtement consacré. L’acte de transmission est posé par un membre de la famille, un initié, qui peut-être le père, la mère, etc. C’est ainsi qu’est « travaillée » la jeune fille pour devenir un corps socialisé au service de sa famille. Le but visé derrière cette consécration est de sortir la famille de la précarité. La problématique de ce travail s’inscrit dans les conditions de transmission du Dugueni, qui, piégé par les systèmes modernes, transforme la femme en un objet « marchandise » pour la production des biens matériels et l’argent afin de satisfaire les désirs de la famille. À cet effet, nous formulons l’hypothèse selon laquelle le Dugueni, impliqué dans les mutations sociales, participe à la marchandisation des corps des femmes dans un contexte moderne. À partir des recherches empiriques menées à Libreville et à Ndéndé chez les peuples bapunu, nous examinons les contextes de transmission et les représentations autour du pouvoir de Dugueni dans les corps des femmes.

Abstract

This article examines the power of Dugueni among the Bapunu, transmitted to young girls through consecration with the aim of enabling them to attract wealthy men for the well-being of their families. The consecration of women’s bodies is a practice established by lineage-based societies, intended to provide material goods—including money—to the family through the use of the women’s sexuality. Dugueni may be transmitted through a seemingly ordinary gesture, such as giving the girl a specially prepared dish to eat, or through the wearing of a consecrated undergarment. The act of transmission is performed by a family member—an initiate—who may be the father, mother, or another relative. In this way, the young girl is “worked on” to become a socialized body at the service of her family. The goal of this consecration is to lift the family out of precarious living conditions. The central issue addressed in this study concerns the conditions under which Dugueni is transmitted. Caught within modern systems, this practice transforms women into “commodified” objects for the production of material goods and money to satisfy the desires of their families. Accordingly, we hypothesize that Dugueni, as it becomes implicated in social change, contributes to the commodification of women’s bodies in a modern context. Drawing on empirical research conducted in Libreville and Ndéndé among the Bapunu people, we examine the contexts of transmission and the representations surrounding the power of Dugueni as it is inscribed in women’s bodies.

Keywords : Dugueni, Female consecration, Lineage-based society, Power, Traditional society.